
Et si on parlait de la rocade Nord…
La question n’était pas à l’ordre du jour. Mais, trois jours après l’émission d’un avis défavorable par les commissaires enquêteurs sur le projet, il était normal qu’elle s’invite dans le débat. C’est donc, en pleine session sur le budget primitif du conseil général de l’Isère, aux détours du vote sur le chapitre « voirie », qu’elle est arrivée… Et qu’elle est arrivée de façon assez spectaculaire. Coiffant une casquette orange sur laquelle était inscrit un « Oui à la rocade Nord », le conseiller Roger Pellat-Finet a en effet poussé un véritable cri du cœur : « Monsieur le président Vallini, je vous en supplie : n’abandonnez pas le projet ! ». L’élu (Sans étiquette) a ensuite loué « le courage d’André Vallini qui a osé porter le dossier » et fustigé « tous ceux qui ne l’ont pas beaucoup aidé », notamment les écologistes. Voilà pour la première pique qui ne fut pas la dernière, puisque le ton est vite monté.
Après avoir été taxé de « vermillon », l’élu Vert Olivier Bertrand a lancé : « On a tout entendu ces derniers jours : qu’on était des Khmers verts. On a essayé de faire croire qu’il y avait d’un côté les méchantes écologistes contre la rocade et de l’autre les gentilles entreprises contre les bouchons. Mais regardez qui sont les commissaires enquêteurs ! Je ne crois pas qu’ils soient des Khmers verts ! Le rapport est accablant lisez-le ! Il dit que la rocade ne peut pas réduire les bouchons. Et il condamne le principe même du contournement nord ».
Un argument qui a fait bondir le président de groupe de l’opposition de droite, Jean-Claude Peyrin. «La lecture qu’Olivier Bertrand fait du rapport est complètement fausse. Le commissaire enquêteur ne condamne pas le principe de rocade, mais le projet. Il critique tout ce que nous, nous dénonçons depuis trois ans », a t-il lancé en surlignant les problèmes de pollution sur La Tronche et Meylan ou d’insertion urbaine sur la presqu’île grenobloise. « Il serait donc imbécile de ne pas faire d’autres études car, comme le dit la conclusion du rapport, il y a urgence à apporter une solution pour le trafic grenoblois », a ajouté le conseiller UMP avant de prendre la défense de la voiture « indispensable pour les déplacements de la vraie vie. »
Dans la majorité, l’élue Christine Crifo (PS) a ensuite pris la parole pour rappeler que des projets de l’agglomération grenobloise étaient liés à celui de la rocade Nord – tram E, Presqu’île scientifique, Esplanade, projet campus – tandis que José Arias (PCF) a plaidé pour que soit repris le débat « sur ce qui est nécessaire aujourd’hui, et non sur ce qui sera nécessaire dans vingt ans comme nous le propose Olivier Bertrand ». Marc Baïetto (vice président à la politique des Transports) a, lui, déploré « l’effet domino » de cet avis négatif : « Je pense aux emplois qui vont être perdus dans l’agglomération grenobloise, aux entreprises qui comptaient sur ce chantier. Et maintenant qu’est ce qu’on fait ? Comment va t-on déclassifier l’A48 ? Qu’est ce qu’on fait du développement de la Presqu’île ? Quelle réponse fait-on au besoin en logement ? La rocade devait libérer du foncier pour ce besoin en logement ! ». L’élu a ensuite demandé que soit pris « un temps de réflexion » pour donner – ou pas – une suite au projet. Un temps visiblement souhaité par le président André Vallini. Alors y aura-t-il une suite ? Y aura-t-il un jour un autre projet de rocade ? Dans les couloirs de l’assemblée départementale, beaucoup d’élus s’interrogeaient. Tandis qu’un peu plus loin, Olivier Bertrand comptait le nombre d’études ayant été consacrées au projet : « Depuis Carignon, on aura fait cinq études sur la rocade Nord. Imaginez combien cela a coûté… Alors s’ils veulent en faire une sixième… »
… et des collèges aussi !
Voilà un autre débat qui aura bien agité l’assemblée départementale : celui de la modernisation des collèges isérois. Le rapporteur André Colomb-Bouvard a expliqué qu’ »en maintenant un niveau d’investissement très élevé, 62.2 millions d’euros, nous affirmons notre détermination à moderniser les collèges, tout en soutenant, dans ces temps de crise l’économie et l’emploi en Isère. » Il a aussi expliqué pourquoi, en raison du pic actuel de l’emprunt, le conseil général était obligé de procéder à des choix prioritaires et à un lissage des investissements, induisant des reports de chantiers dans le temps. Il a ensuite donné la liste des collèges concernés qui n’a pas eu l’heur de plaire à certains conseillers, notamment dans l’opposition. Michel Savin a d’ailleurs essayé de déposer un amendement pour que les travaux sur le collège de la Moulinière à Domène soient inscrits dans le cadre du plan pluriannuel de modernisation de collèges sur l’année 2010, « car cela fait dix ans que les élèves et les professeurs les attendent ». Un amendement qui a été rejeté, mais M. Colomb-Bouvard a assuré que les collèges non inscrits sur la liste mais cités en session, seraient prochainement examinés.
En tout cas, le débat a semblé passablement énerver le vice-président Didier Rambaud qui, après avoir entendu les demandes de certains conseillers pour les collèges de leur canton, a lancé : « vous me saoulez, là ! On a l’impression que vous faites votre marché ».
Le Dauphiné Libéré, édition de Grenoble, 26 mars 2010





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