Certains diraient « rigoureux », d’autres peut-être « rigoriste » pour qualifier le budget primitif du conseil général de l’Isère. En tout cas, on peut déjà dire qu’il est dans l’air du temps. Et l’air du temps est à la crise et surtout à ses conséquences sociales sur la population iséroise. Dès octobre dernier, l’exécutif départemental avait d’ailleurs prévu et prévenu que, pour élaborer ce budget 2010, il faudrait faire preuve de rigueur. Et de « rigueur » il a donc été question hier…
Un mot qui a d’ailleurs été souvent accolé, du moins par la majorité, à celui de « courage ». Le vice-président Christian Nucci a d’abord rappelé que le conseil général se trouvait aujourd’hui en butte à de drastiques baisses de recettes, à une explosion des besoins en aides sociales (social qui représente plus d’un tiers du budget isérois), à « un désengagement de l’Etat » et à un avenir rendu « incertain » par la future réforme des collectivités. Puis il a évoqué les choix que la majorité avait été contrainte de faire : baisse de certaines enveloppes –à part celles notamment allouées aux personnes âgées, aux personnes handicapées qui restent prioritaires- recentrage sur les compétences obligatoires report de certains projets et emprunt « mesuré ». « Faire un choix, c’est refuser. Mais faire un choix est toujours un acte d’ambition. Le plus important est que nous maintenons nos engagements auprès de nos concitoyens ». a lancé l’élu. Le président André Vallini, brandissant une revue de presse bien fournie, a quant à lui voulu démontrer que le département de l’Isère s’en sortait quand même mieux que les autres. « Alors que la plupart des Départements augmentent leur fiscalité ou aggravent dangereusement leur endettement, nous avons réussi en Isère à éviter ces solutions de facilité sans diminuer nos investissements et nous avons construit un budget que je résume ainsi : non à plus d’impôts et oui à plus de solidarité. » Des arguments qui ont su convaincre largement puisque, pour la première fois, le budget a été adopté avec 43 voix, dont celles remarquées de deux conseillers généraux non-inscrits ».
Pourquoi l’UMP a voté contre
Le président du groupe UMP-apparentés, Jean-Claude Peyrin, a expliqué pourquoi 9 conseillers ont voté contre le budget : le report des grands chantiers de modernisation des collèges, « le désengagement » du logement social, le report des travaux du Symbhi sur les digues de l’Isère, la diminution de la subvention au Comité du Tourisme « alors que vous maintenez au même niveau les budgets Evènements et Relations publiques qui font votre promotion ». M. Peyrin a aussi fustigé l’emprunt, selon lui pas assez élevé et donc « peu courageux » de 74.7M d’euros.
Pourquoi les écologistes ont finalement voté pour
Au départ, ils voulaient voter contre le budget cat il aurait dû comprendre les 9 millions pour la rocade Nord… Mais comme l’avais négatif des commissaires enquêteurs a gelé le projet, les 3 conseillers écologistes ont approuvé ce budget, en saluant son caractère « courageux » mais en espérant que soit prochainement revu le report de l’aide au financement du projet Symbhi sur les digues de l’Isère.
Logement social : un débat agité
L’aide à la pierre, c’est-à-dire à l’aide à la construction de logements sociaux, n’étant pas une compétence obligatoire du conseil général, son enveloppe a cette année –rigueur- oblige- été diminuée. Dans un rapport annoncé sous l’intitulé « Une nouvelle politique de l’habitat », on a appris que le Département ne fiancerait plus les réhabilitations et les logements neufs de type PLUS et PLS, pour ne se consacrer qu’aux PLAI (logements très sociaux). Et ceci, dans un triple souci, celui de faire des économies, de « ne plus se substituer à l’Etat » en charge du logement social et de « concentrer ses efforts » sur les populations les plus précaires. Une justification « très sociale » qui n’a pas convaincu l’opposition de droite.
Michel Savin a déclaré « ne faire que du PLAI c’est mettre en danger la mixité sociale des quartiers ». Jean-Claude Peyrin a, lui, évoqué les difficultés « que rencontreront les bailleurs sociaux avec l’arrêt de ces subventions », mais aussi les incidences sur le programmation des chantiers et « donc de l’emploi dans le bâtiment ». De son côté, Daniel Vitte (non-inscrit) n’a pas mâché ses mots en dénonçant « un mauvais rapport qui aura des conséquences sur la construction de logements sociaux. L’Etat se désengage mais, avec ce rapport, le conseil général fait de même.
Le groupe communiste a lui aussi voulu faire entendre sa voix, puisqu’en plein débat, il a demandé une suspension de séance. Le but : préparer une intervention expliquant pourquoi il voulait s’abstenir sur le rapport, qui « annonce une nouvelle politique de l’habitat, mais qui ne contient pas de financement ni de contours d’actions pour des actions innovantes en matière de logement social ». Une explication que nous a donné en coulisse Guy Rouveyre, car d’intervention en séance il n’y point eu… La cause : le débat a repris avant que les communistes ne reviennent du temps de suspension. Et le vote a eu lieu sans eux… ce qui les a tant énervé qu’ils ont à nouveau quitté la salle du conseil juste avant midi. L’explication de ce petit couac a été donnée plus tard dans l’après-midi : pensant que les élus PCF préféraient ne pas être présents au moment du vote sur le logement social, André Vallini a cru les arranger en reprenant le débat sans eux. Oups !
Le Dauphiné Libéré, édition de Grenoble, samedi 27 mars 2010





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