
Coup de tonnerre hier après-midi dans l’agglomération grenobloise : la commission d’enquêtes publique sur le projet de rocade Nord de Grenoble a rendu un avis défavorable au caractère d’utilité publique du projet. Stupeur, car ni opposants ni partisans ne s’attendaient à un tel avis. Ce serpent de mer de la vie politique locale, qui depuis des années oppose les écolos à presque tout le monde, semble à l’agonie…
Finalement, David a triomphé de Goliath…ou n’est pas loin d’y parvenir. Car même s’il ne faut pas tirer de conclusion hâtive, l’avis défavorable qu’a rendu, hier, la commission d’enquête publique au caractère d’utilité publique du projet de rocade Nord de Grenoble constitue, au mieux (ou au pire, c’est selon…), le coup d’arrêt définitif du projet, et au pire (ou au mieux…) un énorme coup de frein.
Ce projet, qui vise à boucler le contournement routier de Grenoble par le nord (lire en Repères), remonte à plus d’une douzaine d’années. Au départ, seuls les écologistes étaient contre. Puis, au fil du temps, et notamment quand le Conseil général, maître d’ouvrage du projet, a sorti l’artillerie lourde, l’opposition à la rocade s’est épaissie, avec quelques maires de l’agglo plutôt sceptiques et deux farouchement contre, ceux de La Tronche et Saint Martin le Vinoux, les deux communes les plus impactées par le projet. Deux communes où les associations d’habitants se sont énormément mobilisés contre cet « aspirateur à voitures ».
Mais au moment de l’enquête publique (du 19 octobre au 1er décembre 2009), il n’y avait toujours pas photo sur la position très majoritaire des élus en faveur de la rocade : 55 élus sur 58 au Conseil général, 59 élus sur 68 à la Métro/ communauté d’agglomération, 11 sur 16 au Syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération.
Au moment de l’enquête publique, les opposants, avec moult documents et arguments, ont expliqué que la rocade générera plus de pollution, coûtera beaucoup plus cher que les 666 milliosn d’euros annoncés par le Conseil général, sera financée au détriments des transports en commun, et tout ça pour ne pas régler le problème (réel) des bouchons dans l’agglo. Les partisans de la rocade brandissant, évidemment, les arguments contraires.
« On n’osait pas croire à cet avis négatif, car les commissions d’enquête ne rendent de tels avis que dans environ 3% des cas, réagissait hier Olivier Bertrand (Verts), conseiller général et conseiller municipal de Grenoble. Je pense que, dans une logique complètement folle, ils vont continuer le processus. La suite dépend uniquement de Vallini (ndlr : président du Conseil général). Or, autant Destot (ndlr : maire de Grenoble) n’a jamais brillé par ses analyses politiques, autant Vallini est un homme politique intelligent, qui, je crois, saura tirer les bonnes conclusion. »
« Je suis surpris, confiait Marc Baïetto (PS), vice-président du Conseil général chargé des déplacements et tout nouveau président de la Métro. Ce que je sais, c’est que l’arrêt de ce projet peut remettre en cause d’autres éléments qui lui sont liés : le tram sur Meylan, la ligne E du tram (qui ne peut se faire sans déclassement de l’A 48), les projets urbains…Et ceux qui attendaient la rocade Nord pour relancer leur activité, comme le BTP, continueront à être en crise. »
Et la suite ? « Je n’ai pas la science infuse. Il faut qu’on se analyse tous les aspects de cet avis, et qu’on prenne une décision collective. Mais on n’a pas de plan B sous la main, ajouta M. Baïetto. Je suis plus face à des interrogations que face à es certitudes. Mais ce n’est pas parce qu’il y a une difficulté momentanée qu’on arrête tout. Il faut se remettre au travail dare-dare. »
Quid de la position d’André Vallini qui, dans un communiqué, « prend acte de cet avis » et précise qu’il réunira rapidement le maire de Grenoble et le président de la Métro ? Le président du Conseil général n’a jamais fait preuve d’un enthousiasme délirant pour défendre devant les médias un projet qu’il a toujours soutenu dans l’hémicycle départemental.
Vendredi dernier, à l’occasion de l’inauguration de la Maison des Petites Sœurs de Pauvres à La Tronche, il confiait que la solidarité est une priorité et que « certaines choses, dont la rocade Nord peuvent attendre ». Déjà, en août 2009, il déclarait : « La rocade Nord est un projet sur lequel je me pose des questions tous les jours. »
Gageons que d’ici demain après-midi, où le Conseil général se réunira pour voter son budget primitif 2010 qui prévoit notamment 9 millions d’euros pour la rocade Nord, et où il sera impossible de ne pas évoquer les conséquences de cet avis défavorable, André Vallini aura trouvé la réponse à ses questions.
Les réactions de Michel Destot et Jean-Claude Peyrin:
Michel Destot, depuis Rio où il participe à un colloque en tant président de l’Association des maires des grandes villes de France, fait savoir qu’il attendra de connaître les raisons avancées par la commission d’enquête pour se prononcer, mais que lui même, bien que favorable au projet, avait aussi soulevé quelques réserves. Dans l’entourage du maire de Grenoble, on estime néanmoins qu’ »a priori, le projet de rocade Nord est mort et enterré ».
Jean-Claude Peyrin, président du groupe UMP au Conseil général, explique : « Les élus UMP sont unanimes à vouloir une rocade. Moi, à titre personnel, je suis pour une rocade Nord, mais contre ce projet car il ne facilite pas l’accès à la cuvette grenobloise. Mais cet avis défavorable est un événement majeur, il est urgent d’avoir une discussion sur ce refus, et ce dès jeudi, avant même le vote du budget : quelles conséquences, faut-il partir sur un autre projet ? »
Le Dauphiné Libéré, édition de Grenoble, 24 mars 2010





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